REflets qui dérangent

Publié le par Monique MERABET

REflets qui dérangent

DES REFLETS QUI DÉRANGENT

 

Derrière le bleu

Devinez ce qu’il y a ?

Lune inentamée

Réalité, illusion ?

Kisa i pè konète ?

 

Un petit bout de lune blanche encore mais, cette fois, côté avocatier. Mes étoiles fixes, manguier et avocatier. Mode de repérage abstrus pour qui n’habite pas chez moi. GPS en contrebande.

Les arbres me servent de repères spatiaux comme ils servaient à Maman de repères temporels… comme aussi ces pinpins marquant frontières entre les champs.

La lune, elle, vagabonde, se souciant peu de nos GPS, marrons ou pas.

Cet ancrage qu’offre l’arbre en position fixe est précieux pour que l’on ne s’égare pas dans l’espace et dans le temps. Dans l’avant et l’après.

Qu’avons-nous de tel pour franchir — ou ne pas franchir — la ligne de démarcation entre réel et illusion lorsque s’insère dans notre champ visuel la surface réfléchissante d’une mare, d’un bassin, d’un miroir ? La glass larmoir. Les vitres.

 

La lampe allumée

Dans sa chambre de malade

Derrière la vitre

« nana do moun i vèy anou »

Dit la visiteuse apeurée

 

Dans le temps longtemps, les cases des Hauts ne possédaient pas de fenêtres vitrées. Je me souviens de ma tante, toute fière d’en avoir fait poser. Et voilà les visiteuses ignorantes bien perturbées, confondant leurs reflets avec la présence de personnes à l’extérieur… Ah ces miroirs ! Le passage de l’autre côté ne se fait pas aisément même pour personnes avisées.

 

Kan mi pass dovan

La glass larmoir i amonte

Figur in viè fanm

 

La raison me dit que c’est moi ; mon souvenir de visage lisse, d’yeux brillants, me susurre que cela ne peut être. Ce doit être ma mère, revenue d’au-delà, qui se balade dans la Maison du Miroir qu’une Alice curieuse et téméraire rêve d’explorer.

Moi, je détourne vite le regard.

L’armoire (l’armoir) désigne aussi en créole le cercueil. Depuis ce matin un vieil air de Maxime Laope me trottine par la tête : Madina.

« Madina, grouy ton kalbass/ laloupe lé mor / fo fé koul kafé… » Si possible avant que « kat bonom kosto va souk l’armoir va transporté »

Toujours se méfier des reflets dans la glace : on ne sait d’où ils proviennent.

Autrefois, lorsqu’il y avait un défunt dans une maison, on s’empressait de voiler tous les miroirs de la chambre. Que l’esprit du disparu n’aille pas s’y réfugier, surtout !

 

Tous ces reflets qui dérangent

Parfois l’esprit rationnel

(10 juillet 2023)

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
Très intéressant et beau texte-témoignage, Monique !<br /> <br /> ça me fait penser que les miroirs à main, au Japon, sont toujours posés à l'envers, pour que l'âme de celui ou celle qui s'est regardé en dernier ne lui échappe pas.<br /> Les reflets et les ombres ont des pouvoirs magiques...<br /> <br /> Il a plu cette nuit. <br /> A Plouy nous sommes bien contents et les hirondelles aussi, qui vont pouvoir surfer à leur aise... <br /> Bisous d'isabel
Répondre