Les fleurs d'Onirie
251110
LES FLEURS D’ONIRIE
Seul au bord du pot
trace d’un rêve impromptu
mauve du crocus
Rêve interrompu par le jour qui se lève, cassant la coquille de la nuit. On imagine ce qu’il y eut de fastueux, d’insolite, peut-être tout un bal de crocus anloulant mes parterres ; le jardin rêve toujours en grand, en magnificence.
Ce qui demeure d’un rêve c’est souvent sa brièveté intimement mêlée à son amplitude : plénitude complexe, oxymorique, intemporelle et infinie. À l’image du temps réel de la durée du rêve.
Puis, quand on entreprend de l’écrire, de le raconter, les mots arrivent, les phrases-événements s’enchaînent déroulant une foule de détails ; c’est dans le dire qu’il se déploie, qu’il prend toute son intensité, même si on oublie certaines péripéties qu’on pressent, qui sont passées directement au subconscient.
Les fleurs sont le vocabulaire des rêves de jardins. Mais Dame Nature se garde bien d’omettre un iota de leur beauté. Ainsi dans ce petit crocus, il ne manque pas une nuance de mauve, ni une ridule s’incurvant en trompette.
Rêve grand matin
j’ai raté la remontée
des bractées d’iris
Mes rêves souvent s’inscrivent au regain de sommeil du petit matin, parfois juste à la première note du radioréveil et me surprennent, sommeil bâillant sous les paupières lourdes. Un peu comme ces pétales d’iris qui attendent les premiers rayons pour se mettre en position ailes de moulins… ni trop vite, ni trop fort !
Une pure merveille que ces levers d’iris ! Pendant la nuit, les bractées blanches se sont fermées en bulbes, puis se désunissent, se tournent vers le bas, exposant l’appareil floral bleu et or. Ce n’est qu’après une irradiation lumineuse suffisante que les blancs pétales prennent leur position horizontale.
In ti guine la plui
lodèr tèr mouyé - baya
inn ot lorkidé !
Aujourd’hui, sous la farine de pluie, c’est là que j’ai découvert la nouvelle tige au phaelenopsis en boutons déjà bien gonflés. Elle a surgi de quel chapeau ? Ce matin encore, je n’avais rien remarqué.
Cela fonctionne exactement sur le mode du rêve. La tige en boutons s’inscrit dans le décor tel un flash, quand elle choisit de le faire, passant outre les regards qui se sont posés sur elle. Peut-être le pétrichor que déclenchent les gouttes agit-il comme un fluide magique ? Peut-être subissons-nous déconnexions sensorielles à des périodes plus ou moins brèves, nous refusant de voir ce qu’il y avait à voir, qui existait depuis un certain temps. Performance de prestidigitateur.
Parcourir jardin
avec les yeux du cœur
débusquer l’invisible
/image%2F0790139%2F20251110%2Fob_931a4d_20251110-101725.jpg)