MALOYA (Partie II)
MALOYA EN TROIS TEMPS (II)
Maloya, notre patrimoine… ce qu’il reste des marrons lorsque l’on a perdu leurs traces confinées dans l’oralité alors que depuis longtemps se sont refermés les sentiers qu’ils ont ouverts à coup de sabre dans les Hauts infertiles de l’île-colonie dévolue aux cultures nobles d’épices, café, canne à sucre des Bas. Les cailloux roulant sous leurs pieds nus sont restés indifférents à leurs coups de kongn et les échos ricochant sur les hauts remparts n’ont rien conservé de leurs cris et de leurs chants. Pas même un ansiv déchirant
Sinon peut-être, ce maloya que les descendants d’esclaves ont répercuté dans les bals clandestins des 20 décembre, maloya enfin sorti du fénoir et devenu bien commun à tout notre peuple métissé, revendiqué enfin par tous, pour tous
.
J’en veux pour preuve le premier haïku d’une élève de CE2… c’était en 2011 lors d’un atelier :
Sous les flamboyants
Je vois danser le vent
Maloya emporte les gens
Écriture spontanée d’une petite Coline de 8 ans, lors d’un atelier haïku à la Médiathèque de Saint-Denis. Elle venait juste de découvrir ce petit poème au rythme « japonais » mais je leur avais demandé de s’inspirer de leur environnement immédiat.
Et le haïku époustouflant que m’a tendu l’enfant ! Pour me sentir « utile » je lui ai proposé de l’aider à réécrire en respectant le nombre de syllabes. Elle a refusé et je me suis sentie soulagée… Cela aurait été sacrilège de toucher à si beau poème !
La petite fille a eu le premier prix de sa catégorie à un concours de L’Association Francophone de haïkus en 2011 et j’ai écrit ce « coup de cœur » pour le poème :
Ce qui me touche de prime abord dans ce haïku, c’est la juxtaposition spontanée d’un paysage réel (les flamboyants) et d’un paysage « intérieur » chargé de symbole (le maloya)
À la Réunion, c’est en décembre que fleurissent les flamboyants et ils ne sont remarqués qu’en cette saison. C’est aussi le 20 décembre que se fête l’abolition de l’esclavage et le maloya est une musique (et une danse) issues du patrimoine des esclaves venus d’Afrique. J’ai été surprise et émue de trouver cette marque d’une mémoire collective sous la plume d’une enfant de 8 ans.
J’aime aussi la poésie de ce vent qu’on voit danser. Cette danse est davantage qu’une belle image. Finalement, qu’on observe le mouvement d’un feuillage, la chute des fleurs ou le volant d’une jupe qui se soulève, n’est-ce pas le vent qui mène la danse ?
Par la grâce de ce regard d’enfant, je me laisse emporter par le charme de cette scène qui allie instant présent et moment mémoriel.
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