La géométrie du liseron
LA GÉOMÉTRIE DU LISERON
Bann zorkidé lé fay
inn ti lizron blan
i gonf son jabo
L’orchidée fanée
la blancheur d’un liseron
s’étale
Mon jardin, un peu sauvage, accueille volontiers les liserons, ces parasites que les jardiniers comme il faut s’empresseraient de détruire.
Moi je préfère suivre leurs évolutions, leurs circonvolutions
Le Quatre épices
un liseron entreprend
la face Nord
Mon jardin compte trois espèces de liserons :
L’une déploie ses trompettes bleu azur, visibles sous réserve…
Levée asez tôt
pour le bleu
du liseron
Une autre, la variété « ti toupi » doit son nom au réceptacle contenant ses graines, en forme de toupie. Et bien sûr, l’engouement qu’ont les créoles pour baptiser les plantes d’un vocable imagé, n’a pas raté l’analogie.
C’est de loin, l’espèce la plus envahissante qui fleurit sans complexe tout support se trouvant à sa portée. Mais il sait se faire discret aussi
Matin d’hiver
le liseron ti toupi
se fait tout petit
Enfin, celui que j’affectionne le plus à cause de la forme particulière de sa corolle
Mer de feuillage
je découvre cinq côtés
aux liserons blancs
Des pentagones ! C’est assez rare, non ? Peut-être est-ce mon cœur d’ex prof de maths qui s’en émeut.
Mais, de toute façon, qu’ils soient bleus ou blancs, polygones ou circulaires ou troncs de cônes, je ne me lasse pas de la géométrie particulière dont ils agrémentent l’espace de mon jardin.
Unique liseron
sur le vert du grillage
point de blancheur
La tige droite
des papyrus – segment
de liserons
Souffle de vent
l’alignement rompu
des trois liserons
Et me vient à l’esprit un nouvel axiome qui aurait laissé Euclide… soufflé :
« Sous l’action du vent, la ligne droite prend une courbure dont le rayon est proportionnel à la force du vent »
Monique MERABET