La mer qu'on voit danser (13)

Publié le par Monique MERABET

La mer qu'on voit danser (13)

Sans doute épuisée par l’évocation de son triste sort, la mer resta immobile, comme figée d’horreur. Pas la plus minuscule gouttelette pour chatouiller les pieds de Marisette ; plus le moindre clapotis pour égayer le lourd silence qui s’était installé. Marisette était profondément attristée par les malheurs survenus à son amie et elle n’osait plus bouger, pas même respirer.

Un long moment de recueillement s’écoula ainsi. Puis Marisette dit, avec compassion :

- Pauvre, pauvre Mer ! Comme tu souffres ! Mais tu sais, je trouve que tu as beaucoup de courage pour avoir supporté tout cela. Moi, à ta place, j’aurai pleuré toutes les larmes de mon corps sans pouvoir m’arrêter.

La mer fit, d’une voix blanche :

- Que crois-tu que j’aie fait ? Moi aussi j’ai pleuré. Tu ne peux imaginer les torrents de pleurs que j’ai versés !

La curiosité de la petite fille reprit le dessus. Elle demanda :

- Est-ce que les larmes de la mer sont comme les miennes ? De l’eau salée ?

- Non ! Et c’est tant mieux pour vous, les terriens. Même si le soleil avait pu en évaporer une partie, les flots de mes larmes furent si abondants qu’ils auraient noyé la terre depuis longtemps. Non, mes larmes à mi sont faites de sable.

De sable ? Marisette promena son regard sur la plage qui s’étendait sur des kilomètres et des kilomètres. Elle prit dans sa main une poignée de sable et essaya de calculer combien de grains elle contenait ; mais elle abandonna très vite.

Sans doute des millions et des millions… et des millions, songea-t-elle, perplexe. Tout cela lui donnait le vertige.

C’est alors qu’elle réalisa que le chagrin de la mer avait dû être immense. Elle s’approcha de l’eau dormante, et posa délicatement un baiser à la surface.

- Tu sais, dit-elle, quand je serai grande je m’achèterai un avion ; j’irai à la recherche de l’oiseau bleu ; je suis sûre que je saurai dénicher l’étoile où il se cache et, je te le ramènerai. Et tu retrouveras ton bleu…

Le cœur de la mer se fit léger, léger, comme un duvet de tourterelle. Elle savait bien qu’il était impossible de retrouver le roi Milazur ; d’ailleurs, même si on le retrouvait, il n’allait pas bouleverser les règles de l’univers, rien que pour son bon plaisir. Surtout que dans ce drame, elle n’avait pas joué un rôle bien reluisant. Mais la sollicitude de sa petite amie était comme un grand arc-en-ciel, capable de ramener le bonheur dans son existence.

- Sèche tes larmes, Marisette. Il y a si longtemps que cela s’est produit. Après tout, j’ai eu le temps de m’accommoder de ma situation actuelle. Et puis, tu es là, toi, avec ta réconfortante gentillesse. Tu es là, et nous aurons tant de moments agréables à vivre ensemble. Écoute, je te promets une chose : jamais plus je ne me fâcherai contre toi.

Marisette retrouva sa gaieté et son espièglerie.

- Vrai ? Tu ne te fâcheras pas ? Même si je demande des choses folles ?

- Jamais plus, redit la mer. Alors, que veux-tu me demander ?

- Eh bien ! fit Marisette, un peu embarrassée tout de même, pourrais-tu m’apprendre deux ou trois jurons de ce terrible Bouffe-le-Bleu ?

Devant la mine effarée de la mer, elle précisa avec candeur :

- Oh ! Je ne te demande que des petits jurons de rien du tout, des petits jurons tout riquiqui. Et je te promets de ne pas les répéter devant maman ni devant la maîtresse. C’est juste pour clouer le bec aux garçons lorsque l’on fait des concours de gros mots à la récréation.

Malgré son humeur encore mélancolique, la mer éclata de rire. Cette gamine était trop craquante !

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