Les petits cimetières

Publié le par Monique MERABET

Monique 224

 

 

LES PETITS CIMETIÈRES

 

 

 

Croire. Je me risque à penser à ce qui poindra un jour – bientôt – des cendres. Mais on dit que le feu a pris dans les racines, en profondeur.

Combien de temps faudra-t-il pour que renaisse une forêt des décombres de la folie humaine ?

Sûrement plus qu’une existence d’homme, que des milliers d’existences d’homme…

 

Et me reviennent ces vers d’Auguste Lacaussade dans « Les bois détruits » :

« S’il faut, hélas ! au temps des siècles pour produire,

A l’homme un jour suffit pour abattre et détruire

L’œuvre séculaire des ans. »

 

Mais, cela est certain, la vie renaîtra, là ! Une autre vie, un autre paysage. Comme sur les laves refroidies d’un volcan.

 

ti bérso la mouss

dann krë la lav Grand-Brûlé

domin, bèl, bèl foré

 

La nature est généreuse et finit toujours par se régénérer pour peu qu’on lui en laisse le temps et la liberté de le faire. Le vide laissé par l’arbre calciné peut accueillir d’autres lianes, d’autres graines, d’autres pousses.

L’arbre mort n’est pas mis au tombeau, lui. Il peut contribuer à l’éclosion d’autres vies. Seules les coutumes humaines ont choisi cette déviance : enfermer ses cadavres dans des caveaux de pierre, cadenasser les morts sous de lourdes plaques  qu’aucune végétation ne saurait transpercer.

 

la dalle grise

fleurs et couronnes

vite fanées

 

Différence signifiante entre le comportement animal et le comportement humain. Une dépouille animale nourrit d’autres espèces, nourrit la terre ; les dépouilles humaines, elles, gisent inutiles dans leur égoïste pourrissement. Ne rien céder à d’autres éléments, surtout…

C’est pour cela que j’aime tant ces petits cimetières d’autrefois, ces jardins de frangipaniers où se déploient les parterres colorés des tombes.

 

tapi mandian lo tonm                                            patchwork des tombes

dan lonbraj pié franjipane                                      à l’ombre des frangipaniers

- sat granmèr ?                                            - Grand-mère ?

 

Kan minmsa lo tan la pasé… Aujourd’hui – modernité oblige – on leur préfère le stuc ou le béton que l’on vient fleurir de couronnes en plastique (imputrescibles !) et de quelques bouquets moribonds… une fois par an.

2 Novembre. Le jour des défunts.

 

(Monique MERABET, 2 Novembre 2011)

 

 

Publié dans haïbuns

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Payet Huguette 04/11/2011 20:40



Nous avons tous connu, Monique, ces petits cimetières que tu décris avec une telle tendresse. Ils étaient doux lieux de repos et les restes de nos chers défunts nourissaient
lentement la terre. Les petites fleurs sans prétention ne sont jamais aussi belles que sur les tombes.Leçon pour nous tous: nous  sommes poussières continuant le cycle
merveilleux de la vie.La crémation dit la même chose sinon qu'elle peut paraître un peu trop rapide quelques fois.Question de culture et de mentalité.Mon propos n'est pas de juger le
choix des uns et des autres.Ils font le choix qui leur convient.


 Mais on peut dire sans se tromper que, d'une manière ou d'une autre, la mort, phénomène naturel par essence, est de nos jours tellement exploitée qu'elle est devenue un marché
juteux pour ceux qui en vivent. Elle coûte cher, elle est froide et souvent sophistiquée.


Je dirai comme Brassens, avec ironie:


''Plutôt qu'd'avoir des obsèques manquant de fioriture


J'aim'rais mieux tout compte fait me passer de sépulture...


J'aimerais mieux mourir dans l'eau dans le feu , n'importe où


Et même à la grande rigueur ne pas mourir du tout''.


Un pied de nez à tous ces marchands du temple. Et un bel hommage à la vie.Huguette. 


 


 


 



claude Guillon-Labetoulle 03/11/2011 08:31



Oh combien vraie ta remarque sur la visite annuelle à la tombe béton-plastique. Mais, patience, patience, bientôt avec le manque de place on va généraliser la crémation et il n'y aura plus à
contempler que des rangées de bocaux (si ça ne prend pas trop d'espace). Je songe au petit cimetière de mon village où quelques uns prennent encore la peine de cultiver fleurs et plantes vertes.
Il subsiste encore de rares fous pour passer du temps avec les ancêtres, mais pour combien de temps?....un de ces quatre verra-t-on  s'épanouir le SOLEIL VERT(film où l'on montre le
recyclage des vieillards en biscuits pour nourrir la génération suivante) soyons optimistes, peut-être pas.


bises.Claude