Samedi 7 novembre 2009





SAKURA les fleurs de l'éphémère
de
Brigitte LASCOMBE





J’ai refermé le livre ce matin. La dernière page, la dernière phrase ont sonné pour moi un peu comme un « Terminus ! Tout le monde descend »

Tout le monde, oui : Midori et Kizuki, Pauline et Lisa, Mamounette, Pierre et Marc…

Le voyage est terminé. Vous voici arrivés sur les quais du FUTUR…

Pour moi, je me suis sentie enveloppée comme dans un petit nuage de nostalgie à l’issue e cet exaltant voyage sur océan de papier, origami à mille faces qu’on déplie au gré des pages. Je me retrouve moi aussi sur la terre ferme, encore étourdie de m’être laissée bercer par les flots noir et blanc, d’avoir laissé  vavanguer  mon imagination d’un continent à l’autre, d’une ville à l’autre, d’un personnage à l’autre ; un voyage qui n’est pas de tout repos d’ailleurs car il se passe toujours quelque chose dans les rues de Tokyo, dans l’univers délirant d’un Mangaland, dans la tête des personnages, aussi. Ça tangue parfois, quand le lecteur doit passer de l’exubérance de Pauline la provençale à l’ordre immuable de la journée du marchand de sushi.

Elle me plaît beaucoup cette forme non linéaire de la narration. Chaque épisode se suffit à lui-même, est une véritable nouvelle avec son dénouement propre. Mais l’histoire est bien présente, bien coordonnée, et se construit de chapitre en chapitre suivant un subtil fil rouge qui nous tient en haleine jusqu’au bout. C’est ainsi que se tisse petit à petit le ruban de soie de cette obi révélatrice des correspondances entre le mondes éparpillés de chacun des héros, finalement cristallisés autour de Midori.

Quelle figure attachante que Midori ! Tout d’abord un peu froide et dissimulant tous les mystères de son âme sous le sourire figé de la geisha. Puis se dévoilant grâce à la chaleur de l’amitié avec la petite Française, laissant chatoyer toutes ses facettes de Japonaise d’aujourd’hui, naviguant avec grâce entre tradition et modernité, entre pragmatisme et superstition.

J’aime bien ces changements de décors répétés à chaque fois que s’annonce la visite de son protecteur : l’appartement est vidé de tous les objets et décorations personnels de Midori pour se recomposer en « galerie » d’art contemporain, un décor glacé et luxueux à l’image de l’homme-qui-a-réussi dont elle est l’épisodique compagne.

Et pour Midori, la minutieuse jardinière ès bonsaïs se déploie tout le romantisme de l’écriture poétique de l’auteur. J’ai lu et relu, les larmes au cœur, l’attendrissante ballade que la geisha chante à son « enfant jadis perdu » (je cite).

Que dire encore de cette femme forte malgré son apparente fragilité, capable de faire face à la pusillanimité de son amant, le père de l’enfant à naître, que dire, sinon qu’elle incarne la pugnacité des femmes responsables de Vie et qui ne se laissent pas déconstruire, emporter dans les tourbillons d’un amour trahi. « Les états d’âme ne sont pas à l’ordre du jour » écrit Brigitte LASCOMBE.

Pas de place donc pour les états d’âme, pour les introspections stériles. Ici, l’amour n’est qu’une péripétie humaine. Il se construit et se défait sans drame. Éphémère comme une fleur de sakura, il ne tourne pas à la tragédie.

J’aime cette façon juste et sobre de décrire nos petits bonheurs ou malheurs de l’existence. Chacun peut se reconnaître dans les personnages de Français moyens, de Japonais moyens. Les sentiments ne sont pas outrés ; ils ne dépassent en rien la commune mesure des joies et peines d’un être humain lambda.

Mais il ne faut pas croire qu’on baigne dans un marivaudage creux, inconsistant. Non ! Les sentiments qu’éprouvent les hommes et les femmes qui évoluent dans le récit n’ont rien de superficiels. Ils sont vrais, graves même souvent. Les problèmes inhérents aux familles d’aujourd’hui ne sont pas gommés comme les difficultés qu’éprouve Mamounette à rompre le cordon ombilical qui la rattache à sa fille, comme l’adolescence tragique du frère de Kizuki…

Les deuils aussi, son bien présents dans les inconscients ; à chacun de les assumer à sa façon,  de les intégrer à sa capacité de résilience pour un possible futur.

Tranches d’existence qui s’éparpillent, se rassemblent pour composer un patchwork palpitant d’une vie qui ressemble à nos vies. Mais là n’est pas le seul intérêt du roman. C’est aussi un carnet de voyages et un foisonnement d’images émaille le récit, nous entraînant à la suite des personnages dans leurs constantes pérégrinations. On reconnaît là la générosité coutumière de l’auteure qui tient à nous faire partager les merveilles découvertes au cours de ses propres voyages.

Parfois d’ailleurs, la volonté d’être explicite, de décrire avec exactitude telle ou telle civilisation, de faire participer le lecteur « comme s’il y était », aboutit à une accumulation de détails, à un kaléidoscope bouillonnant qui donne un peu le tournis… Mais jamais jusqu’à perturber une bonne perception des événements et de leur succession.

Pour ma part, ces « imperfections » sont de la même nature que les bulles aléatoires du souffleur de verre et signent l’œuvre d’une marque humaine, artisanale et qui nous la rend ainsi plus attachante.

Il y aurait, il y aura encore tant à dire de ce roman réussi. Mais il faut savoir laisser reposer « l’alambic des mots », laisser décanter… pour que remonte à la surface telle petite perle que l’on n’avait pas décelée à la première lecture.

Bravo Brigitte ! C’est de la belle ouvrage ! Merci de nous avoir mitonné ces pages divertissantes, émouvantes, dépaysantes… parfois décoiffantes.

 

Monique MERABET (6 Novembre 2009)



(Photo Brigitte LASCOMBE)

Pour obtenir davantage d'informations
pour lire des extraits de SAKURA
Courez vite sur le blog de Brigitte: lien ci-dessous


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Par Monique MERABET - Publié dans : BIBLIO - Communauté : créabranche
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Jeudi 5 novembre 2009

MAIS QUI EST GRANMÈRKAL ?

 

 

 

 

Qui ne connaît la Grand-mère Kal en notre bonne île de la Réunion ?

Bien sûr, personne n’ignore cette figure mythique de nos légendes et de nos contes et elle demeure fidèlement inscrite dans notre inconscient collectif de réunionnais.

Cependant, qui serait capable de répondre avec exactitude à la question : « Qui est Granmèrkal ? »

 

Le premier vocable qui vient à l’esprit pour la caractériser est celui de « sorcière ».

Sorcière, c’est sans conteste ainsi qu’elle m’a été présentée dans mon enfance : la sorcière, terrifiante dévoreuse d’enfants.

C’est cet aspect du personnage qui est exploité dans les contes traditionnels comme dans « La marmite de Grand-mère Kal » remis au goût du jour par l’Association Laféladi en 2009 :

 

«  Et si Grand-mère Kal venait nous prendre ? pleurnicha Tipierre, le plus jeune de la bande. Elle peut arriver en misouk sur son balai, son grand bertel sur le dos… avec ses yeux rouges de sorcière ! »

 

Le balai, bien sûr… l’accessoire indispensable à toute sorcière qui se respecte.

Outre le balai, elle est affublée de tous les traits physiques inhérents à un tel personnage,  dans le dessein de lui  composer une laideur qui sème l’épouvante.

 

« Les récits de Nénène Louise foisonnaient aussi de détails pittoresques sur la harpie mi-femme, mi-oiseau : des mèches crasseuses et emmêlées, des orbites vides de trépassés, un hideux rictus d’édentée. »

(Monique Mérabet dans  « La mèrkal de Saint-Leu »)

 

Bien sûr les descriptions fantaisistes qui en sont données, n’ont qu’un but : faire peur.

Ma mère, elle, avait d’ailleurs ajouté à la mèrkal l’épithète de « ailée »… ce qui accentuait la terreur inspirée :

 

Mèrkalélé ! Mèrkalélé !

Disait la mère fatiguée

Á l’enfant qui désobéissait.

Mèrkalélé ! Mèrkalélé !

Viendra t’emporter

Et l’enfant s’assagissait.

(Monique Mérabet dans « Qui a tué Granmèrkal ? »)

 

Et le stratagème réussissait si bien… que ma mère avait éprouvé quelque remords d’avoir ainsi « traumatisé » ces diablotins de mes frères et cousins dont elle s’occupait.

 

Mais que l’on ne s’y trompe pas. L’aspect physique « terrifiant » n’est mis en avant que pour occulter la peur plus viscérale, plus religieuse liée au personnage. De toutes les histoires transmises par le truchement des nénènes ou des grand-mères, aucune caractéristique physique ne m’a vraiment marquée. Seul le souvenir des terreurs enfantines hante mon esprit, terreurs qui ne sont pas liées aux oripeaux de chair aussi laids et terribles soient-ils. Non, la crainte est bien plus profonde. Ma grand-mère qui n’avait pas le rempart de la culture pour se défaire d’ancestrales superstitions,  considérait la mèrkal comme une créature diabolique dont il valait mieux taire le nom :

 

Dans la nuit ce cri effroyable

C’est Mèrkal qui prend une âme

Et la partage avec Grandiab.

Elle ose, effrontément, nous en informer…

La grand-mère terrifiée

Egrenait son chapelet

(Monique Mérabet dans « Qui a tué Granmèrkal ? »)

 

Le chapelet ! Instrument d’exorcisme… s’il en fut !

 

Et depuis, au gré des aléas des principes d’éducation enfantine, elle a failli tomber dans l’oubli. On a connu une période où elle est devenue taboue : il convenait de ne pas faire peur à ces chers petits.  Aujourd’hui, profitant d’un juste retour aux traditions, aux racines de notre créolité, elle connaît un regain de popularité grâce aux « fêtes Granmèrkal » qui fleurissent un peu partout au mois d’Octobre. Elle revit donc, même si elle a perdu tout caractère sacré et n’est plus qu’une sorcière de Carnaval, une croquemitaine de pacotille qui ne fait plus peur à personne. Elle a au moins le mérite de contrecarrer l’envahissement purement commercial d’ailleurs de la Fête d’Halloween. Peut-être même aboutira-t-on à une sorte de métissage puisqu’au moment de la Toussaint, dans beaucoup d’écoles de l’île – mondialisation oblige - mûrissent les citrouilles.

Cet antagonisme a inspiré certains auteurs comme Joëlle Brethes, Monique Mérabet, Daniel Honoré) qui se font s’affronter les deux « sorcières »… au bénéfice de notre Granmèrkal heureusement !

 

Pour plaire à Dame Modernité

On prétend la sacrifier

A une Halloween, à une jacavole

Née d’une citrouille sans boussole

Et pour comble de pacotille

Sur un balai elle sautille

(Monique Mérabet dans « Qui a tué Granmèrkal ? »)

 

 

D’ailleurs mon poème « Qui a tué Granmèrkal ? » est sous-titré « Plaidoyer pour une Mèrkal authentique »

Authentique… Le mot est lâché. Moi je reste attachée au côté traditionnel du personnage et la version créole de « Qui a tué Granmèrkal ? » se termine par ce cri :

« toush pa mon mèrkal-péi oté ! »

 

Maintenant quelle est la part d’authenticité dans notre Granmèrkal ? Serait-elle l’avatar d’un personnage de notre passé ? Quelles sont ses origines ?

Comme cela arrive souvent à propos de légendes, les  interprétations sont diverses voire controversées.

 

« Comme il semble raisonnable de le penser, le personnage de Mèrkal tire ses origines de l’esclave Kalla fidèle et dévouée à ses maîtres et qui connut une fin tragique ; dès lors, elle avertit par son cri les descendants de cette famille lors du décès d’un proche.

Cela se passait au dix-huitième siècle dans une propriété du Sud de l’île, Mahavel… »

(Monique Mérabet dans « La mèrkal de Saint-Leu »)

 

J’ai suivi la version qu’en donne un roman de Marguerite-Hélène Mahé paru en 1952, « Eudora » : le personnage mythique prend corps dans une nénène à l’incomparable dévouement.

 

« … et on peut se demander par quels sortilèges, quels errements, la pauvre Kalla finit par connaître ces sinistres avatars qui se sont répandus aux quatre vents de ce territoire. »

(Monique Mérabet dans « La mèrkal de Saint-Leu »)

 

On retrouve la dualité du personnage rapportée par Daniel Honoré dans « Légendes créoles » :

- Kalla, la guérisseuse, la bonne nénène soumise à sa condition d’esclave dans « La promesse »

- Kalla devenue une sorte d’affidée de Satan dans « La folie de Granmèrkal »

 

Par contre, pour Isabelle Hoarau,  Granmèrkal se situe complètement à l’opposé de l’esclave puisqu’elle serait l’esprit de Madame Desbassyns, une riche propriétaire connue pour la cruauté qu’elle montrait envers ses esclaves. Mais, madame Desbassyns, c’est une autre histoire…

 

En tout cas, quelle que soit l’optique dans laquelle on se place, tous s’entendent sur un point : la mission de Granmèrkal d’être annonciatrice de la mort.

 

«  Mais auparavant elle devait faire au maître la promesse suivante : chaque fois qu’une catastrophe menacerait Mahavel, trois jours avant elle viendrait le prévenir. Alors ils entendraient « tou ou out ! tou ou out ! »

(extrait de « Légendes créoles » de Daniel Honoré)

 

Ces histoires de prémonition, de « prévnanse » comme on dit en créole, certains y croient encore. Et, son cri ressemblant à celui d’un oiseau de mer le fouquet, on donne souvent à Granmèrkal l’apparence d’un oiseau… noir bien sûr et… lugubre.

 

Aujourd’hui, beaucoup d’auteurs se sont plutôt attachés à son caractère de confidente (comme Thérèse Grondin, dans « Paroles de Kalla », Voix d’Outremer) d’initiatrice (Huguette Payet dans « Calla », Voix d’Outremer), de bonne nénène (Lyliane Mussard dans « Grand-mère Kal », Voix d’outremer) …

On raconte que du côté de Salazie, Granmèrkal est perçue comme une bienfaitrice et, après sa mort pour rester près des populations qu’elle aimait, elle s’est incluse dans les montagnes environnantes en compagnie de son chien et de son chat…

 

Et comme tous les incompris, les rejetés, elle réclame justice :

 

Coupable de toutes tes peines

Tu m’habilles de tes haines.

Je ne veux plus être Mèrkal

Mise au rang des croquemitaines !

(Monique Mérabet dans « La mèrkal de Saint-Leu »)

 

En conclusion, quelle que soit la nature véritable de notre Granmèrkal, on ne peut que souhaiter la voir inscrite au Patrimoine de l’Humanité. On peut rêver…

Par Monique MERABET - Publié dans : SORCIERS - Communauté : créabranche
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Lundi 26 octobre 2009
Isi, Saint-Denis, nou lé an plin la somène kréol. Alor pou fèt sa, alala in zistoir Granmèrkal ékri an Kréol par bann lo fé lasosiasion Laféladi.
An minm tan, lo minm zistoir i pass an Fransé sï lo blog Joséphine. I sora katogan lir sa an dë-lang vizavi.

(ici, à Saint-Denis, nous sommes en plein dans la Semaine créole. Pour fêter l'événement, voici une histoire de Granmèrkal écrite par les Fées de l'Association Laféladi.
En même temps, la même histoire est publiée en Français sur le blog de Joséphine. Ce sera chouette de la lire dans les deux langues)

Pou tonm sï lo vérsion fransé, klik an-dosou:(pour la version française cliquez sur le lien ci-dessous)
link

Monique MERABET (le 26 Octobre 2009)


          





         Lo shodron Granmèrkal (1)





Navé inn foi, pou inn bone foi, in marshan d-foi té i manj son foi èk in grin d-sèl.

Dan s-tan-la marmay, navé inn tralé ti valal té i fé toultan la maliss sanm zot lantouraj.

Alala k’in bo jour, toute la bann i désid bash lékol pou alé vavangué dann fin fon la foré.

Jïska fénoir i tonm, bannla la pa arèt fé pass la mizèr toute kalité zanimo la kroiz zot shomin : zot la tir lo ni bann zoizo, zot la fé fïme bann krapo, zot la éskinte lo tang èk ramïské sanm in boi goyavié, zot la rash la kë bann « tikigrotèt » i grouy dann lo… tousa, rienk pou lamïzman !

Lo taratass lëson moral papa moman, lo Granmèrkal Mémé té i mënass azot avèk, zot té pï la èk sa.

... à suivre


                            Lo shodron Granmèrkal (2)









Solman, fénoir i rante vitman dann milië la foré é, toudinkou, zot la rann azot konte ke zot té i trouv pï zot shomin pou artourn la kaz.

Èk sa, na inn ti farine la plui la komanse dégouté. La për èk la frè té in lingue azot.

Kapkap la grinp sï lo sink marmay té i rèss doboute, kolé-séré sou in bèl pié tamarin.

Tipierre té ankor in jëne-jëne marmay, lï té an yink-yink.

- Té ! Majine in kou Granmèrkal i vien souk anou ! Lé riskab èl i ariv an misouk an lèr son balié… sanm in gran bértèl dann son do… é… é… son dë kanèt i pèt an flame.

Bébert la kal alï nèt :

- Arèt èksa ! Ou va porte anou la shiass sanm out kozman an bok.

Kanminmsa zot té pa trankil dor dëor. Zot la rakokiyé dan lo ti bér bann rasine. Zot la tak zot boush mé zot zorèy té gran rouvèr pou kap bann tibrui té i plane dann fénoir.



... à suivre









        Lo shodron Granmèrkal (3)



Alapak dë gro ramïské la lèv doboute sou zot né. In rèyon la lïne té i fé klate zot dan an pointe é zot moustash té i vir dan tou lo sanss konm zèrb dan la briz.

Titin la krié :

- Marmay alon shapé. Bann ra-la, sa i morde domoune.

É astër, toute lo lékip la kour partou pou rod inn ot plass pou dormi. Zot la anbèk dan in trou d-rosh. Zot té sové !

Solman, dann fin fon kavèrn-la, ti zétoil té i briy an poundiak dann fénoir.

- Kosa zot i vien rod la ? Sorte de la don ! Sinonsa konte sï nou pou pik zot dérièr.

Toute in famiy lo tang té antrinn ziëte azot, èk gran-gran zépine an batay.

Ankor in kou, toute lo pë té oblijé sov kate pate. Koko té i kongne-kongne dann bransh, lo pti pate té i trok dann touf lo jon… Jïskatan ke zot la plouf dan inn mar do lo an bou.





Par Monique MERABET - Publié dans : SORCIERS - Communauté : Alice, au pays des merveilles
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Dimanche 25 octobre 2009











  LES RIVALES
(Huguette PAYET)



















 

Dans les dédales de toute âme,

Se joue un duel permanent

Entre deux étranges femmes,

Opposées comme noir et blanc.

 

Pour ses vilenies infâmes

Et ses coups-bas portés sans gants,

La  sorcière sans âge, dame,

Sniffe le souffre, boit le sang.

 

La bonne fée passe son temps,

De son magique calame

A ramener vite à néant

Les maux que sa rivale trame.

 

Qui vaincra à la fin des temps

De la sacrée bonne femme

De connivence avec Satan,

Ou de celle qui la bonté clame ?

 

Telle question pour les enfants

N’est en tout cas pas un drame.

Ils hurlent avec les loups méchants,

 Et avec les biches, ils brament.

Par Monique MERABET - Publié dans : SORCIERS - Communauté : Alice, au pays des merveilles
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Samedi 24 octobre 2009

Le vieux Chinois

 

( Yasmine SARTRE)

 

 

 

 

A un autre vieux Chinois…

 

 

 

C’était un vieux monsieur. Il se nommait Liang. C’était un très vieux Chinois. Un veuf qui vivait seul depuis une éternité. C’était un vieillard aux manières très amènes. Il avait une voix assez fluette, des yeux très vifs.  Il portait toujours le même habit très sobre, d’un bleu hyper-délavé.

 

Le vieil homme occupait l’arrière-boutique de son commerce promis un jour ou l’autre à la démolition, tant il était délabré. Il vivait-là dans un quartier qui n’était pas moins vétuste. D’ailleurs, la plupart des gens l’avaient déserté depuis belle lurette. Il ne restait donc plus que quelques irréductibles.

 

Bien sûr, son commerce n’était pas florissant (loin de là !). Et si Liang maintenait son antique boutique ouverte, c’était pour pouvoir vivre ; il vivait donc très chichement. Il cherchait surtout à s’occuper.

 

Liang passait des journées très ordinaires, derrière un comptoir accablé de poussière et des vitrines totalement vides. Elles étaient ponctuées par les rares apparitions d’une pauvre clientèle. C’étaient d’ailleurs, bien souvent, de vieilles personnes qu’il connaissait de longue date et qui étaient aussi des amis. Ils franchissaient le seuil poussièreux de la boutique pour acheter un morceau de pain dont la fraîcheur n’était pas toujours garantie…

 

Or, un jour, un de ses clients vint à disparaître – il avait plus de quatre-vingt dix ans ! – en laissant chez le vieux Chinois une ardoise assez lourde vu qu’il s’était toujours fait tirer l’oreille pour payer ses dettes. En apprenant la disparition de son débiteur et ami, Liang fut d’abord chagriné mais inquiet aussi, car il avait désormais la certitude de n'être jamais payé. Certes, la somme n’était guère importante compte tenu de la pauvreté de la clientèle, mais elle aurait pu quand même lui être utile. Liang fut donc résigné. Mais il l’ignorait : il avait tort !

 

Car deux mois, jour pour jour, après la mort du client, un très jeune homme vint à troubler la torpeur poussièreuse des lieux. Il s’agissait du petit-fils du défunt. Il bredouilla quelques mots incompréhensibles et tendit rapidement à son interlocuteur une petite boîte en fer blanc un peu rouillée, ainsi qu’une enveloppe jaunie, froissée, un rien gras. Le vieux Chinois sans trop comprendre ce qui se passait, car on venait de l’arracher à sa somnolence, prit les objets qu’on lui tendait et, quand il releva les yeux, il sursauta de stupéfaction : le visiteur s’était volatilisé !

 

Liang rangea sur-le-champ ces affaires, sans même y jeter un oeil, au fond d’une vieille armoire grinçante qui se trouvait dans la pièce la plus sombre et la plus retirée de sa maison. Puis les jours passèrent, il vaquait comme d’ordinaire à ses occupations sans plus se soucier de cet incident. Les affaires étaient loin d’être prospères et notre homme se faisait un devoir de se disperser dans une multitude de petites tâches pour lutter contre la misère dans laquelle il croupissait.

 

Lors d’une fin d’après-midi de mai – mai devait toucher à sa fin - lors de l’un de ces après-midis un peu plus poussièreux que d’autres, Liang qui somnolait au fond de son très vieux pliant, presque défonçé, s’en dégagea vivement. Il bondit de son antique chilienne comme un automate pour courir récupérer les fameux objets.

 

Vers cinq heures, Liang alluma la vieille lampe à pétrole et s’installa juste en dessous. Elle répandit une clarté jaunâtre au-dessus de la seule table branlante qui trônait au milieu de la salle à manger. Il se tint là, accoudé durant des heures, le regard fixé sur le papier jauni avec, juste à côté, la vieille boîte rouillée, totalement indifférent au ruban tue-mouches qui pendait au plafond, lourd des essaims de mouches qui y étaient collés depuis des lustres.

 

Le vacarme des grillons qui s’en donnaient à cœur joie, était assourdissant. On apercevait aussi, près de la porte, quelques phalènes égarées. Mais Liang, marmoréen, restait définitivement concentré. On aurait dit qu’il s’efforçait de rassembler toute sa capacité d’attention sur les objets. Le grêle carillon retentit plusieurs fois. Enfin, Liang vaincu - il avait l’impression que sa tête allait exploser - alla se coucher. D’ailleurs, le réservoir de pétrole était vide.

 

Le lendemain, le vieux Chinois repensa encore à la dernière veillée en finissant sa sieste. Il devait être cinq heures. En réalité, il ne lui avait pas fallu plus de trois secondes pour parcourir les quelques mots, fines pattes de mouches, jetées hâtivement sur la page froissée. Mais cette écriture hésitante et malhabile l’avait plongé dans un abyme de réflexion. A tel point qu’il décida depuis cette fameuse nuit de ne pas ouvrir son commerce le lendemain, ni même les jours suivants. De toute façon, plus personne ne venait.

 

Dans son message, son ancien client l’exhortait à utiliser la poudre que la boîte contenait car seul Liang était capable d’utiliser ses vertus magiques : pour s’enrichir et vivre heureux le plus longtemps possible. Seul Liang (le défunt avait écrit très exactement : Maître Liang…) pouvait réussir un tel exploit : il avait été autrefois mi-magicien, mi-sorcier. Il faut dire que ces deux-là, se connaissaient de longue date.

 

C’est au prix d’un effort de mémoire considérable que Liang parvint à se souvenir de sa très ancienne carrière de sorcier. Cela lui revint par toutes petites bribes, très lentement, avec une lenteur incroyable. Puis, les souvenirs émergèrent de nouveau. D'une précision ahurissante !

 

Autrefois, c’était il y a très longtemps, Liang avait connu, pratiqué les vertus magiques de certaines plantes exotiques, très rares. Il avait recherché désespérément le secret des végétaux qui paraissaient bien chétifs eu égard à leurs pouvoirs. Et à dire vrai, il avait bien failli toucher au but... Il tenait ses connaissances d’un grand-père presque centenaire, originaire de la province de Sichuan. Il l'avait connu quand il avait tout juste dix ans…

 

Comme il avait tout son temps, de nouveau possédé par la soif de recherche, il recommença « ses expériences », la sélection qu’on lui avait procurée s’étant avérée mauvaise. Six mois passèrent sans qu’on ne le revit dans le quartier. Certains mêmes, le tenaient pour mort.

 

Puis, un jour, on le vit fureter dans les allées du marché. Il discutait beaucoup avec les marchands de plantes médicinales. Ceux qui osèrent l’aborder furent quittes pour des réponses évasives, très évasives même. Liang n’était et n’avait jamais été un bavard.

 

En fait, pour savoir vraiment de quoi il retournait, il aurait fallu pénétrer subrepticement chez le vieux Chinois. Alors, l’audacieux aurait été assailli par la quantité d’odeurs qui emplissaient la maison. Liang se livraient à corps perdu, et dans une solitude extrême, à l’expérimentation médicinale. Tout y passait. Il brûlait, écrasait, malaxait, mélangeait, pilait quantité de feuilles, racines, écorces et branchettes. Il distillait aussi au fil des jours tantôt des odeurs âcres, terriblement âcres, ou doucereuses, pour ne pas dire sirupeuses. Il fallait le voir sautiller au milieu de ses marmites fumantes et des immenses casseroles en cuivre. Ses chaussons en toile touchaient à peine le sol. Il enjambait avec l’aisance d’un danseur quantité de pilons qui encombraient le parquet. Lui seul, était capable de trouver la plante idoine dans la verdure qui tapissait les murs.

 

Certains jours, peut-être en fonction de son humeur intime, l’amertume dominait. D’autres jours, c’était tout le pâté de maisons où habitait le vieux sorcier qui embaumait d’une enivrante odeur de lotus… Mais lui, ne prêtait guère attention à ces invraisemblables fragrances.

 

Puis, un beau jour, deux ans environ après le début de cette extraordinaire alchimie, Liang poussa un grand cri de jubilation. Quiconque aurait été présent, à ce moment-là aurait vu une joie, une sérénité infinie illuminer son visage. Ce cri, cette joie, cette sérénité  ne durèrent que quelques secondes et… Liang disparut ! Il se volatilisa littéralement. A cette époque, peu de personnes se rendirent compte de sa disparition. Et on dit même qu’une odeur envoûtante de lotus flottait toujours dans les parages de sa maison bien longtemps après la démolition du vieux logis de Maître Liang.

Par Monique MERABET - Publié dans : SORCIERS - Communauté : créabranche
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